PROUST (Marcel)

Lot 4
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PROUST (Marcel)

2 lettres autographes signées «Marcel Proust». Juillet-août 1903.

1. 4 pp. in-8, date de réception au composteur; trace d'onglet couvrant plusieurs mots qui demeurent visibles par transparence. • 2. 4 pp. in-8, date de réception au composteur, apostille autographe du destinataire, «r[e]ç[u] rép[ondu]»; trace d'onglet couvrant plusieurs mots qui demeurent visibles par transparence.

«Encore brouillé avec Bertrand [de Fénelon]...
J'ai des intentions assez vindicatives...»

Infatuation amoureuse de Marcel Proust et un des modèles de Robert de Saint-Loup dans la Recherche, Bertrand de Fénelon appartenait à la famille du prélat et écrivain du siècle de Louis XIV. Il succéda dans le coeur de l'écrivain à Antoine Bibesco en août 1902, et serait à son tour remplacé par Louis d'Albufera dans la première moitié de l'année 1903. Blond aux yeux bleus et aristocrate de grande lignée comme Saint-Loup, avec des tendances homosexuelles comme celui-ci, il avait aussi inspiré à Marcel Proust des traits du personnage de Bertrand de Réveillon dans Jean Santeuil. Alors attaché d'ambassade à Constantinople, il était de passage à Paris, mais, souffrant, avait décliné l'invitation de l'écrivain et repartirait vers le 8 août. En 1908, Proust noterait dans son carnet que Bertrand de Fénelon était amoureux de la soeur de Louisa de Mornand.

«Il est... peu probable que j'attende...
pour mettre à exécution mes sombres projets !...»

1. - S.l., [date de réception du 27 juillet 1903]: «Cher ami oublieux (mais pas encore oublié), vous me ferez d'autant plus de plaisir en me faisant signe un de ces soirs comme vous voulez bien me le proposer, que j'ai depuis plusieurs jours des commissions à vous faire de Bernstein [le dramaturge
Henry Bernstein, probablement pour Louisa de Mornand]. Voilà que quelqu'un (mais cette fois ce n'est plus un homme mais une femme) m'a encore brouillé avec Bertrand [de Fénelon].
Bien que cela ne me fasse plus du tout la même chose qu'autrefois et que je n'y pense même pas, tout de même, par besoin de justice j'ai des intentions assez vindicatives. Et peut-être pourrez-vous m'aider, mais il est pourtant peu probable que j'attende de vous avoir vu pour mettre à exécution mes sombres projets ! (lesquels sont tombeau, naturellement) [Marcel Proust et ses amis appelaient «tombeau» un secret devant demeurer inviolable jusqu'à la mort].
Le soir où vous me donnerez rendez-vous, je ne pourrai sans doute pas dîner avec vous, parce qu'en ce moment les jours où je me lève (ce n'est pas tous les jours), je sors (nouveau système) vers six heures, ayant pris q[uel]q[ue] chose déjà et je ne dîne pas. Mais je pourrai vous voir où vous voudrez. Et si cela tombait un jour où je ne pourrais sortir, je m'arrangerai... à pouvoir alors vous recevoir chez moi.
J'espère que votre amie va bien [Louisa de Mornand]. Mettez-moi à ses pieds et croyez-moi, mon cher ami, bien affectueusement à vous... Lauris [l'écrivain et critique Georges de Lauris, qui prêta quelques-uns de ses traits à Robert de Saint-Loup dans la Recherche] vous aime beaucoup et est touché de vos gentilles cartes.»

2. - S.l., [date de réception du 1er août 1903]: «Cher ami, c'est encore moi qui viens vous embêter.
J'ai pensé que la manière voilée et insinuante de parler à Bertrand avait peut-être l'inconvénient suivant: si par hasard Antoine [Bibesco] (que je crois trop délicat pour l'avoir fait, du reste) lui avait raconté que j'étais venu le solliciter pour un de mes amis, Bertrand pourrait reconstituer que c'est vous, ce qui ne serait pas bien grave. Mais alors il verrait que je lui mens en lui disant "que je ne sais pas pourquoi vous êtes ennuyé, que je ne sais pas si c'est pour une affaire d'argent, etc." - puisqu'il comprendrait que quelques jours avant j'ai demandé carrément la chose à Antoine. Le mieux serait peut-être de dire à Bertrand: "Je sais qu'Albu est ennuyé, et pourquoi (sans dire de chiffres). S'il ne t'en parle pas, c'est évidemment par délicatesse, pour ne pas te gêner. Avec moi, il n'a pas le même scrupule à avoir puisqu'il sait que je n'ai pas comme toi une grand' nièce, des oncles, des parents fort riches, et que personnellement je n'ai rien" (ceci pour qu'il ne soit pas froissé que je sois dans la confidence et lui pas).
Et alors, je dirais ceci: "Ennuyé de le voir dans les difficultés, je viens te demander, mon petit Bertrand si, le cas échéant, tu pourrais faire q[uel]q[ue] chose pour lui, et ce que tu pourrais faire. Si ta réponse est que tu peux faire quelque-chose, j'irai lui dire que je veux absolument qu'il t'en parle et qu'il s'adresse à toi. Si au contraire tu ne peux rien faire, il est inutile que je le fasse sortir de la réserve que lui dicte sa délicatesse et d'où il ne sortira certainement pas de lui-même"; en tous cas ne vous fatiguez pas à me répondre.
Il n'est d'ailleurs pas certain que je le voie aujourd'hui, je lui ai fait demander par Lauris qui me dit que les médecins y vont aujourd'hui, quand il pourrait me recevoir. Et comme cela ne presse pas..., j'attendrai peut-être de vous avoir revu et de m'être concerté avec vous pour rien faire. En tous cas, cependant, je compte dimanche amorcer les choses. Si vous préfériez que ce fût plus tôt, je suis à vos ordres et au premier signe de vous. Si vous n'avez pas de préférences, ne me répondez pas... Je suis toujours indécis sur la forme à donner à la chose. Je vais peut-être écrire un mot à Bertrand... En tous cas je ne ferai rien avant ce soir 5 heures, pour vous laisser le temps de me dire de ne rien faire si vous changez d'avis.»
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