PROUST (Marcel)

Lot 11
800 - 1 000 €
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Résultat: 3 200 €

PROUST (Marcel)

Lettre autographe signée «votre ami Marcel Proust». S.l., [date de réception du 10 mai 1904].

10 pp. in-12, sur papier fin à liseré de deuil; apostille autographe du destinataire datant la réception en 3 endroits; légères transparences.

«Pardonnez-moi si je n'ai pas eu l'air du bonheur que j'éprouve toujours quand je suis auprès de vous...»

«Mon petit Albu, 1° Pour les Nouveautés. Vous vous rappelez qu'on vous a dit que ce théâtre était tout petit et qu'il était impossible de rien avoir. J'ai demandé à 7 h. à Reynado [Hahn], à 11 h. à Lucien [Daudet].
Le 1er n'a aucun aboutissant, le frère du 2d n'est plus au Soleil, je n'y avais pas pensé, et n'a donc plus de places, ne faisant plus de critique. La seule personne à qui je pourrais demander (à moins que vous ne me disiez le nom de la pièce et que je ne me trouve connaître l'auteur) est Bernstein [l'auteur dramatique Henry Bernstein]. Mais cela ne vous ennuie-t-il pas ?... Si vous allez demain chez les Castellane, parlez-en comme de vous à Lucien, peut-être pourra-t-il tout de même vous avoir q[uel]q[ue] chose.

2° Pour l'Odéon. Je ne me rappelle pas ce que vous avez décidé et vous ne me le rappelez pas dans votre lettre. Dois-je attendre le retour d'H. [l'écrivain, critique et traducteur Robert d'Humières] ou lui écrire tout de suite ?

3° Vous seriez bien gentil de me dire si définitivement vous me plaquez pour la "rue Royale" [allusion au Cercle de la rue Royale, célèbre club masculin mondain]. Voici pourquoi. Je ne suis pas comme vous. Je ne trouve pas les gens immondes parce qu'ils vous lâchent pour une chose qu'ils ont proposée et je trouve cela au contraire très naturel, car cela arrive si souvent.
Seulement encore faut-il le dire et ne pas vous laisser indéfiniment le bec dans l'eau. Parce que si vous me le dites carrément, je ne vous en parlerai pas et nous serons plus contents tous les deux. Tandis que sans cela, je vous agacerai en vous en parlant toujours, vous vous en agacerez en ne m'en parlant jamais et il vaut mieux que nous ne nous agacions jamais...

4° Pour Larue [célèbre restaurant parisien] j'ai été désolé, mais j'étais très fatigué (ce n'était pas du tout à cause de Loche [Léon Radziwill, dit Loche] que je n'avais pas ce soir, ni Guiche [Armand de Gramont, duc de Guiche]...), de plus vous faites cela par gentillesse pour moi et je vous en sais grand gré car ces soupers me font le plus grand plaisir (j'aimerais aussi q[uel]q[ues] fois dîner) mais je sens que cela vous assomme. Aussi toutes les dernières fois ai-je décliné cet honneur. J'aurais voulu que vous fussiez prévenu plus tôt mais vous ne m'avez pas dit où vous répondre, où vous serez...
Hier soir je sentais que je prenais froid dans la salle à manger, le feu était éteint, je n'étais pas capable de le refaire, les domestiques étaient couchés, maman seule pouvait me refaire du feu mais ne pouvait entrer devant vous, tant déshabillée. C'est pourquoi vous m'avez trouvé l'air distrait et ne vous retenant pas assez. C'est que je prévoyais comme cela me rendrait souffrant aujourd'hui. Aussi, pardonnez-moi si je n'ai pas eu l'air du bonheur que j'éprouve toujours quand je suis auprès de vous. Au revoir, cher Albu, j'aurais encore mille choses à vous dire, les unes très gentilles, les autres moins, mais je suis fatigué d'écrire, vous de me lire; votre lettre était écrite d'une façon charmante, je vous en félicite et vous remercie...»
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