PROUST (Marcel)

Lot 13
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PROUST (Marcel)

3 lettres, soit 2 autographes signées et une autographe.
Mai-juin 1904.

1. 4 pp. in-8, sur papier fin à liseré de deuil, un peu froissé avec légères transparences. • 2. 4 pp. 1/2 in-8, liseré de deuil; date de réception au composteur. • 3. 1 p. in-8, quelques ratures et corrections; papier légèrement froissé.

«Les formes de mon amitié ne sont pas toujours agréables mais si vous êtes un peu perspicace vous la trouverez toujours, au fond, bien profonde et bien vraie...»

Adieux à Bertrand de Fénelon, naguères objet de son amour.
Attaché d'ambassade alors en congé temporaire, celui-ci était sur le départ pour sa nouvelle affectation à Saint-Pétersbourg.

1. - Lettre autographe signée «Marcel». S.l., [sans doute vers le 20 mai 1904]: «Mon petit Albu, si j'étais ennuyé ce soir, c'était de vous voir ennuyé de la démarche pénible que vous avez à faire. Et à force d'être ennuyé, j'ai fini par avoir une idée. Si vous n'allez pas à Laon, passez chez moi à 7 heures du soir, nous trouverons peut-être moyen d'arranger le petit ennui que vous avez, malheureusement je ne pourrai l'arranger que pour quelques jours, mais enfin cela vous sera peut-être commode de vous trouver avoir ainsi une huitaine, une quinzaine de jours devant vous. - Si vous allez à Laon (ce que j'espère), venez à la place vendredi à 7 h. du soir. Je serais content si grâce à cela vous pouvez jouir avec un peu de liberté d'esprit de ces belles courses. - Je ne vous ai pas reparlé du dîner de la semaine prochaine. Tous les jours seront bien, de préférence pas mardi 24, mais mercredi, jeudi, vendredi, samedi, le jour que vous voudrez. Sans que d'ailleurs aucun jour soit bien nécessaire. Car il y a tant de gens qui peuvent m'imiter avec Bertrand et si peu de jours devant nous que tous ces dîners ne pourront avoir lieu. Si vous allez à Laon, invitez Bertrand pour mercredi et vous me direz au retour s'il accepte ferme.
Je vous envoie mille pensées affectueuses, mon petit Albu, et m'excuse encore de mon agitation de ce soir dont vos soucis étaient la cause. Les formes de mon amitié ne sont pas toujours agréables mais si vous êtes un peu perspicace vous la trouverez toujours, au fond, bien profonde et bien vraie.
La gasconnade sur les nombreux automobiles fermés dont nous disposions s'adresse à Bertrand autant qu'aux Bibesco et non moins à Lauris [les princes Antoine et Emmanuel Bibesco, et l'écrivain et critique Georges de Lauris, que Marcel Proust avait rencontré par l'intermédiaire de Bertrand de Fénelon, et qui prêta quelques-uns de ses traits à Robert de Saint-Loup dans la Recherche].
Je crois que Bertrand est allé à minuit chez Larue avec Henraux et Pierrebourg [Lucien Henraux, ami de Georges de Lauris, et la femme de lettres et baronne Marguerite Harty de Pierrebourg, belle-mère de Lauris]. Néanmoins je n'en suis pas sûr. Demandez à Bertrand quand il quitte Paris et s'il rentre directement à St-Pétersbourg. Il serait mieux de ne pas dire que c'est ma concierge qui a téléphoné. Dites que c'est celle de Louisa ou celle que vous voudrez. J'ai oublié d'avertir Louisa qu'elle est censée avoir prié Bertrand de souper hier soir pour lui demander un service. Elle n'aura, si elle le voit, qu'à lui dire: "Pourrais-tu le cas échéant me recommander à M. de Monzie sans lui dire pourquoi, sans parler d'Odéon ni de rien" (mais je ne vois pas pourquoi cacher l'Odéon) [l'homme politique Anatole de Monzie était alors directeur de cabinet du ministre de l'Instruction publique et des Beaux Arts, dont dépendaient les théâtres]. Si vous allez à Laon, dites à Bibesco etc. que la raison pour laquelle j'ai failli venir était l'ennui de rester 48 h. sans vous voir ! Ce qui serait faux ! P.S. ce matin. Ce sera malheureusement beaucoup plus compliqué que je ne croyais. Je veux dire qu'il faudra que je rende 500 dans 8 jours et les 500 autres dans 15. Croyez-vous le pouvoir ? Sinon j'aime mieux que vous n'acceptiez pas ma proposition car cela me jetterait dans de g[ran]ds ennuis.
Et pour si peu de temps cela ne vous servira peut-être à rien !»

2. - Lettre autographe. S.l., [date de réception du 26 juin 1904]: «Mon petit Albu, si cela vous gêne en quoi que ce soit de voir Bertrand, voici ce qu'il faut lui dire.
"Marcel t'a écrit le matin de ton départ pour Londres pour te dire qu'il souhaiterait réunir des amis désireux de te dire adieu et des gens du Figaro, que tu serais bien gentil de lui réserver le dîner du dimanche, le déjeuner du mardi ou à défaut de cela la soirée du dimanche. Tu lui as répondu aussitôt par une lettre où il y avait en propres termes "le dîner et le déjeuner me gêneraient. Mais veux-tu de moi dimanche à onze heures ? Et si tu organises un souper pour après, tu peux compter sur moi". Fort de cette promesse, Marcel a organisé en conséquence la chose pour dimanche onze heures et souper ensuite chez lui. C'était très délicat à faire ainsi à cause de son deuil [Marcel Proust avait perdu son père en novembre 1903], il a dit aux gens de venir le voir sans parler de souper, de venir en veston. Il s'est excusé d'avance de réunir ainsi des amis dans son deuil en disant que c'était pour venir te dire adieu (ceci, il ne l'a d'ailleurs dit qu'à 2 ou 3), il a cru et croit encore s'être strictement conformé à tes instructions. Tu comprends très bien, même vis-à-vis de sa mère, combien cela a été délicat pour lui de faire venir chez lui les éléments d'un souper. Mais sa mère a trouvé que la raison de ton départ justifiait cela et a consenti. - Quel n'a pas été son étonnement ce soir quand il a appris par Lauris que cette réunion ne faisait pas du tout ton affaire, et Lauris a lui-même laissé entrevoir que tu ne viendrais pas. Ceci, il ne le croit pas. Mais il craint que tu ne viennes qu'un moment, que tu lâches le souper. Et quand cela ne serait que vis-à-vis de sa mère qu'il aurait l'air d'avoir trompée, si tu devais faire cela, il préférerait le savoir car dans ce cas il décommanderait tout le monde par dépêche (en réalité, je crois, toutes réflexions faites, que je ne décommanderai personne car mes lettres n'arriveraient pas).
Il voudrait (d'après ce que tu lui avais dit dans ta lettre) que tu viennes à onze heures, le premier, et que tu partes après le pseudo-souper, le dernier. Mais si tu as changé d'avis et si tu ne le veux pas, il préfère encore que tu viennes un peu tard pour le souper dont tu es le prétexte, la raison et l'excuse. Il te fait demander s'il y a q[el]q[ue] chose que tu bois, pour l'avoir."
D'ailleurs, on soupera aussitôt qu'il voudra puisque je n'aurai pas de domestiques. Tout sera préparé dès 11 h. sur la table. Si Bertrand est gentil et dit qu'il restera longtemps, c'est très bien. S'il dit qu'il viendra un moment mais partira de bonne heure, dites-lui que je lui fais demander si cela l'ennuie que je dise à Lauris de ne pas venir (à cause de q[uel]q[u']un qui sera là). Si Bertrand au contraire désire le voir, je laisserai les choses comme elles sont et laisserai Lauris venir. Maintenant, mon petit Albu, si vous avez quoi que ce soit à faire, dites à mon porteur de porter cette lettre chez Bertrand et d'attendre la réponse et de me la rapporter. Si vous allez chez Bertrand, de façon à la lui déposer si vous ne le trouvez pas (pas celle-ci, celle adressée à lui), si Bertrand n'accorde qu'une courte visite, je le déplorerai, mais au fond je m'en contenterai. Tout sera mieux que rien. Si vous trouvez Bertrand, ma lettre pour lui n'a plus d'objet et vous me la rendrez sans la lui donner.
Ne me faites réveiller en aucun cas. Comme je me réveille assez souvent, j'aurai toujours votre réponse.
D'ailleurs je ne décommanderai personne, je crois, ce serait trop compliqué.»

3. - Lettre autographe signée «Marcel». S.l., [date de réception du 27 juin 1904]: «Mon petit Albu, il faut absolument que je vous voie aujourd'hui. Venez dans la soirée à l'heure que vous voudrez, avant minuit si vous pouvez, sinon aussi tard que vous voudrez. À l'extrême rigueur à 8 heures moins 1/4, pas plus tôt. Pour Bertrand, arr angez pour le mieux, ou le conduire à la gare en dînant avec lui avant, ou le retrouver à la gare, ou l'accompagner un bout de chemin en train (pour cela je demanderais à Robert de Roth[schild] un mot pour qu'on vous laisse prendre l'express pour un petit trajet), ou aller monter à une lui dire là adieu, - ou le voir dans la journée de son départ - enfin, n'importe quel mode, même à la rigueur ce soir, mais en me prévenant par un mot avant 7 heures, mais je préfère mardi, - ou rien du tout, s'il ne veut rien. - Ne parlez de moi qu'accessoirement. Sil vous donne rendez-vous et que vous demandiez à m'amener, s'il refuse tant pis. D'ailleurs cela lui sera difficile.
Jamais je ne vous ai tant aimé que depuis ces tristes jours...»
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