PROUST (Marcel)

Lot 29
1 200 - 1 800 €
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Résultat: 6 500 €

PROUST (Marcel)

2 lettres autographes signées «Marcel». Juillet 1905.

1. 6 pp. in-8, liseré de deuil; date de réception au composteur en 2 endroits; petits manques marginaux. • 2. 1 p. in-8 oblong, à l'encre violette d'une écriture relâchée avec signature peu lisible; date de réception au composteur.

Une lettre de rupture par procuration

Marcel Proust propose à Louis d'Albufera un modèle de lettre pour annoncer à Louisa de Mornand qu'il se mariait avec une autre.

1. - S.l., [date de réception du 15 juillet 1905]: «Mon petit Louis, d'abord permets-moi de te dire ceci: je ne te dis pas ce que je trouve le mieux moralement. Étant donné que tu veux faire une chose que je n'ai pas à juger, pour ne pas reprendre pour la centième fois des conversations épuisées, je te dis, étant donné que tu veux le faire, voici ce qui me semble le plus adroit. Donc le plus adroit me paraît q[uel]q[ue] chose dans ce genre.
"Tu sais que non seulement ton bonheur m'est si cher, mais qu'encore une simple impression nerveuse pénible qu'une nouvelle peut te donner me fait tellement mal à moi-même qui voudrais t'éviter jusqu'aux plus petits soucis que, après avoir voulu te dire cela tout de suite, voilà trois mois que j'y pense tous les jours, sans pouvoir me décider à courir le plus petit risque de te faire de la peine. Je sens bien que si tu me demandais de te tirer une goutte de sang avec une épingle, j'aurais si peur de te faire mal que je ne pourrais pas me décider à l'enfoncer. Je n'ai pourtant pas voulu que tu l'apprennes par d'autres. Je voulais au moins te le dire avant-hier. Ta mère n'a pas voulu. Alors je te l'écris aujourd'hui en pleine confiance dans ta gentillesse pour que tu comprennes assez tous mes soucis pour ne pas m'en donner un de plus en t'attristant de cela. Ma tendre crainte de te le dire depuis si longtemps m'évite peut-être, par toute la tristesse qu'elle m'a causée, que tu me donnes aujourd'hui l'apaisement de ne pas te voir affligée et que tu ne sois pas au-dessous de ce que j'attends de toi".
Mais c'est peut-être un peu trop et en voyant que tu en fais une telle affaire, cela lui fera peutêtre se grossir à elle-même son état nerveux. Tâche de diminuer l'importance de la lettre. La dernière phrase surtout ne me paraît pas fameuse. - S'il te plaît, ne dis pas à tes deux invités que j'avais demandé que tu les invites, ne parle pas de moi.
Si au contraire tu le leur as déjà dit, c'est très bien, cela ne fait rien. Si tu ne l'as pas dit, ne le dit pas. Je reçois ton télégr[amme] qui me désole [Louis d'Albufera annonçait à Proust la mort de la duchesse de Gramont, mère de leur ami le duc de Guiche]. Ma tristesse est triple (pour la duchesse de Gramont qui m'est excessivement sympathique, pour Guiche que j'aime beaucoup et pour qui ce serait un immense malheur, jeune comme il est, entouré de tous les conseils les plus stupides sauf cette femme de coeur et de sens. Et aussi de remords car j'ai été mal pour Guiche ces temps-ci (ne lui dis pas que tu le sais, d'ailleurs tu ne le sais pas) et si j'avais pu supposer qu'il était tourmenté, j'aurais agi tout autrement. D'ailleurs, je lui écris pour lui demander des nouvelles et lui demander pardon et je lui dis que je l'ai appris parce que tu lui avais fait téléphoner de chez moi (je n'ai pas dit que c'était pour un dîner...) Maman m'a encore entretenu jusqu'à 2 heures du matin de tes immenses qualités, de ta figure tellement loyale, tellement sympathique, etc.»

2. - S.l., [date de réception du 26 juillet 1905]: «Je suis ravi, mon petit Louis. Tu vois bien que tu es plus fort que personne et que tu ne demandes conseil à tes amis que pour les flatter. Tout à toi...»
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