PROUST (Marcel)

Lot 30
800 - 1 000 €
Résultats sans frais
Résultat: 8 500 €

PROUST (Marcel)

Lettre autographe signée «Marcel». S.l., [date de réception du 20 août 1905].

4 pp. in-8, liseré de deuil; date de réception au composteur, apostille autographe du destinataire, «répondu».

«Chez madame Straus...»

«Mon cher Louis, nos lettres se sont croisées, j'espère que tu as reçu ma demande de pardon et que tu l'as agréée. Je me sens mieux ce soir, malheureusement cela peut ne durer que q[uel]q[ues] heures ! J'ai bien réfléchi à la question déplacements, tant réfléchi que par énervement il est possible que je parte pour n'importe où pour ne plus être agité !
Si même je me décidais à partir, et à partir pour Trouville, endroit auquel j'ai trouvé à la réflexion de g[ran]ds inconvénients, je ne pourrais pas, en dehors de t[out]es autres considérations, habiter à la villa S[ain]t-Jean, à cause des parfums, chose à quoi je n'avais pas songé. D'ailleurs, en y réfléchissant l'inconvénient serait presque le même chez m[adam]e Straus [Geneviève Halévy, veuve du compositeur Georges Bizet, épouse d'Émile Straus et un des modèles de la duchesse de Guermantes]. Connais-tu par hasard, de façon à ce que la recommandation ait du poids, le directeur des Roches Noires [grand hôtel à Trouville]. Et si oui, cela t'ennuierait-il de lui téléphoner ce matin pour lui demander s'il a une chambre isolée, belle, pas bruyante, de préférence même 2, une g[ran]de et une petite, ou une et cabinet de toilette. - Et le directeur de l'Hôtel de la Cloche (Dijon), le connais-tu ? À celui-là, si tu es lié avec lui (mais qui d'autre que moi se lie avec des directeurs d'hôtel), il faudrait dire que je suis le monsieur qui ai déjeuné chez lui au mois d'août il y a deux ans avec deux paletots sur le dos par une chaleur de 30 degrés. J'allais à Évian. Il n'a pas dû m'oublier. Y a-t-il un autre point de la France où ta recommandation m'assurerait un accueil exquis. C'est malheureux de s'énerver comme cela pour partir, et de se dire sans raison qu'on va partir. Du reste, je vais sûrement reprendre du mal et rester. Si j'étais sage, je ne bougerais plus que pour aller faire ma cure. M'as-tu pardonné ? Tu sais ma tendresse pour toi. Tout à toi...
Naturellement, ne retiens nulle part de chambre pour moi, car au fond tout cela serait de la folie.»
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