PROUST (Marcel)

Lot 42
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PROUST (Marcel)

2 lettres autographes signées, l'une «Marcel» et l'autre «ton Marcel». S.l., avril 1907. Joint par Proust, une lettre autographe signée de Robert de Flers.

1. 1 p. 3/4 in-8, liseré de deuil; date de réception au composteur avec millésime incomplet, apostille autographe du destinataire, complément du millésime et «rép[ondu]».
• 2. 10 pp. 1/2 in-8, liseré de deuil; date de réception au composteur avec millésime incomplet; apostille autographe du destinataire; petites taches de rouille sur une page. • Lettre jointe, 2 pp. 1/2 in-12, liseré de deuil; date de réception de Louis d'Albufera au composteur avec millésime incomplet.

«Fais-toi lire... les lettres du prince de Ligne à Voltaire, et tu verras que ce n'est pas à un ancêtre de Drumont qu'il prodiguait "son profond respect"...»

Sur la lettre de protestation de Louis d'Albufera contre les P.T.T. que Marcel Proust a rédigée pour lui, et dans laquelle il faisait allusion à son propre article «Journées de lecture» paru dans le Figaro du 20 mars 1907.

1. - S.l., [date de réception du 3 avril 1907]: «Mon cher Louis, me voilà repris, je le crois bien, de crises pires encore; te dire ce que je souffre est impossible. J'ai pris un médicament terrible pour avoir la force de t'écrire ce mot, car je voulais te dire ceci; dans ma fatigue d'hier, je ne t'ai pas fait le 2e brouillon, celui qui devrait servir au cas où tu trouverais mieux (et tu n'aurais peut-être pas tort à aucun point de vue) de ne pas parler de mon article. Je suis trop brisé par ce nouvel assaut pour le faire, ce brouillon.
Mais tu peux le faire toi-même. Tu n'as, dans ce cas, qu'à copier celui que je t'ai envoyé en retranchant tout ce qui fait allusion à mon article. Je crois qu'il n'y aura pas de raccords à faire. Autre petit renseignement, Calmette ne prend pas de s à la fin de son nom [le directeur du Figaro Gaston Calmette]. C'est infime, mais il y a des gens que cela blesse. Mille affections de ton Marcel»

2. - S.l., [date de réception du 22 avril 1907]: «Mon cher Louis, bien qu'avec ma main je ne veuille pas beaucoup écrire, je mets un post-scriptum à ma lettre, parce que, tout absorbé par ces choses plus intéressantes de ta santé et des questions d'ici qui te préoccupaient, j'ai complètement oublié de te parler de la question du Figaro. À vrai dire, en ce qui me concerne elle ne présente plus aucun intérêt, la raison pour laquelle je le désirais n'existant plus, et du reste mon article étant maintenant trop oublié si tant est que quelqu'un l'ait jamais lu pour pouvoir même comprendre l'allusion que tu y as faite. Mais enfin puisque tu as pris la peine de faire une lettre et même de la recopier trois fois, je trouve grotesque qu'elle n'ait pas paru, et j'espère que tu ne m'accuses pas car je l'ai fait porter le jourmême où tu me l'as envoyée sans même la regarder. Mais pour que tu ne gardes aucun doute à ce sujet, j'ai écrit l'autre jour à Flers, lui demandant ce que cela voulait dire, qu'il s'informe. Et bien qu'il réponde peu, comme il ne m'avait répondu ni à mes félicitations pour sa croix, ni à mes condoléances pour la mort de son frère, il aura voulu faire bloc et m'a répondu. Voici sa lettre que j'aurais déjà dû t'envoyer et que tu garderas si tu n'y vois pas d'inconvénient pour me la rendre à l'occasion (après tout non, je n'en ferais rien, tu peux la jeter). Mon impression est que ma lettre ne paraîtra plus mais je n'en sais rien. C'est malheureux parce que toutes tes réflexions étaient de la plus grande justesse et ta comparaison avec les chemins de fer, signée de ton nom connu, pouvait faire impression et être utile; dans un temps où il n'y a que les fous et les méchants [qui] parlent seuls, ou du moins où on n'entend qu'eux parce qu'ils crient à tue-tête, ce n'est pas mauvais que les gens intelligents et les braves gens disent la vérité et au besoin des vérités. Cela n'empêche pas d'être modéré et on n'est pas forcé comme un Robert d'Harcourt d'exprimer à Drumont "son profond respect" [l'essayiste antisémite Édouard Drumont]. Les gens du monde ont décidément changé d'opinion. Fais-toi lire par madame d'Albufera dans la dernière Revue de Paris les lettres du prince de Ligne à Voltaire, et tu verras que ce n'est pas à un ancêtre de Drumont qu'il prodiguait "son profond respect", "sa tendre vénération", "son respect religieux", etc., etc.
Mon ami Casa-Fuerte s'est présenté à l'Union et, si tu avais été à Paris, j'aurais eu recours à ta bonté pour que tu ne lui mettes pas de boule noire. Heureusement, il n'a aucune boule noire, et a été reçu sans difficulté. Son mariage pouvait faire craindre le contraire [un des modèles du «jeune Deterville» de la Recherche, le marquis de Casa-Fuerte se présenta au Cercle de l'Union et y fut accepté en avril 1907]. Si jamais tu m'écris (ce que je te conseille de ne pas faire tant que tu ne seras pas entièrement guéri), je te serais bien reconnaissant de me dire si tu te souviens du n° approximatif de la maison de l'avenue d'Iéna où il y avait un appartement à louer à l'entresol et rez-de-chaussée que tu trouvais joli. Sur description que je lui avais faite, ma belle-soeur trouvait cela très séduisant car c'est ce genre qu'elle cherche et si elle savait le n° elle irait voir si ce n'est pas loué. Mais cela doit l'être depuis si longtemps. Mille tendres amitiés...
Je reçois ta dépêche me disant de communiquer les meilleures nouvelles. Je l'aurais fait même si tu ne me l'avais pas dit, mon cher Louis. Quel bonheur de penser que cette fièvre va peut-être te quitter dimanche, ou plutôt quelle tristesse d'en conclure qu'elle dure toujours [Louis d'Albufera était atteint de la fièvre typhoïde]. Avec quelle impatience j'attends ce dimanche tant désiré. Quel malheur que tu ne puisses pas me passer ton mal. S'ajoutant aux miens cela ne me gênerait pas et je serais si heureux de t'être ainsi bon à quelque chose. - Je pense que la maladie doit te rendre indifférent aux potins. Sans cela, je t'en dirais quelques-uns. - Je reçois toujours tes dépêches à l'heure du matin. Si cela t'est plus commode, c'est parfait. Si cela provient au contraire d'une négligence de tes domestiques, comme je le suppose plutôt parce qu'il me semble que tu dois te coucher de bonne heure, je préférerais qu'elles vinssent plus tôt. Parce que ne me levant presque plus, à peine une fois par semaine, cela ne m'est pas très facile d'aller ouvrir. - Je viens de voir et, par mon indécision, de ne pas prendre trois valets de chambre très bien et que je regrette. Je crois cependant que je vais finir par en prendre un.
P.S. J'ai oublié de te dire que dans l'entretien téléphonique que je t'ai résumé dans ma lettre d'hier, mon interlocutrice m'avait dit des choses délicieuses sur mon article (celui du téléphone) [article intitulé «Journées de lecture», évoquant plaisamment les opératrices des centraux téléphoniques]. Elle m'a dit que beaucoup de personnes lui en parlaient avec éloges; je ne crois pas que ce soit vrai, mais elle m'a dit tout cela si gentiment, venant précisément à propos du fait que nous téléphonions, disant que j'avais exprimé cela etc., que cela m'a infiniment touché. Je ne puis te dire comme cela venait naturellement et finement. Je lui ai dit que justement tu y avais fait allusion dans une lettre que le Figaro ne publierait probablement pas mais qui était très bien. Cela l'a beaucoup amusé[e] et comme je ne pense pas que la lettre paraisse, si tu en as une copie, tu devrais la lui envoyer. Je suis sûr que cela l'amuserait. J'ai reçu la lettre qu'elle m'avait annoncée. Elle était vraiment délicieuse.»

Joint, la missive de Robert de Flers à Marcel Proust évoquée dans la lettre ci-dessus, s.l., date de réception du 22 avril 1907:

«... Je me suis occupé immédiatement de la lettre de M. d'Albufera. Elle passera d'ici peu de jours. Voici la cause de ce retard; elle ne manque point d'ailleurs d'un certain comique. M. d'Albufera se plaint de la lenteur apportée par l'administration des P.T.T. au transfert de son téléphone. Or Calmette vient de déménager et il a obtenu en deux heures
- grâce à une miraculeuse obligeance - ledit transfert. Sa reconnaissance personnelle l'oblige donc à mettre quelques jours entre cet évènement et la publication de la lettre de M. d'Albufera. Tu m'as écrit deux lettres tendres et délicieuses et toutes pareilles à toi. En les lisant et en les relisant il me semblait t'entendre parler. Elles m'ont été très douces, tes lettres, tes paroles. Merci.
Si je ne t'ai pas répondu plutôt, c'est qu'au lendemain de la mort de mon frère d'autres tristesses m'ont accablé... Je voudrais bien te voir, mon cher petit Marcel. Je pense à toi, souvent, avec une grande admiration et une grande tendresse...»
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