STEINLEN (Th.-A.)

Lot 68
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STEINLEN (Th.-A.)

Recueil de croquis et de dessins et aquarelles originaux, principalement pour le Gil Blas illustré, [ca 1891-1899], 2 volumes in-folio, demi-maroquin vert d'eau à coins, plats revêtus de soie verte brochée à motifs vermiculés, dos lisses titrés et ornés du monogramme de l'artiste [ThAS] mosaïqué de maroquin lavallière, tranches dorées (Marius-Michel).
Le recueil Villeboeuf (1856- après 1927).
Ensemble constitué de dessins au crayon gras, à l'encre de Chine ou aux crayons de couleurs par Théophile-Alexandre
Steinlen (1859-1923), principalement réalisés pour le supplément illustré hebdomadaire du journal Gil Blas.
50 planches, dont 42 dessins aboutis pour le Gil Blas illustré (28 premières pages pour des nouvelles (dont Guy de Maupassant, Lucien Descaves, Georges Courteline, Alphonse Allais...), 8 chansons et une poésie (+ 2 dessins, probablement pour le Gil
Blas illustré, dont la publication n'est pas identifiée) et pour Le Rire (3), une planche présentant 5 essais de monogrammes, 4 offrant des feuilles de croquis recto-verso, 3 des feuilles de croquis, recto seul.
Chacun des volumes est introduit par un feuillet de titre imprimé sur carton bleu-gris.
Chaque dessin est présenté sous un passe-partout de carton bleu-gris; l'ensemble est monté sur onglets.
Quelques-uns des premiers feuillets, recto-verso, présentant des sujets à l'encre de Chine, ont parfois occasionné des reports sur les feuillets précédents ou suivants.
Le n° 6 présente une ou deux petites griffures superficielles en bas à droite de la feuille, qui n'atteignent pas les sujets.
Dimensions du recueil: 523 x 390 mm.

Provenances: Paul Villeboeuf, avec son ex-libris (n'apparaît pas au catalogue de sa vente de 1963); colonel Sicklès (Cat. I, 15-16 novembre 1962, n° 250 («Unique»)); Suzanne Courtois, avec son ex-libris.
Ray (G. N.), French Illustrated Book. 1700 to 1914, pp. 440-446; Crauzat (E. de), Steinlen. L'oeuvre gravé et lithographié, 1913, n 660, pp. 182-195.
LES CINQUANTE DESSINS SERONT VENDUS SÉPARÉMENT, SUR ENCHÈRES PROVISOIRES, AVEC FACULTÉ DE RÉUNION.
DESCRIPTION DÉTAILLÉE des dessins originaux présents dans ces deux albums, à suivre.
Théophile-Alexandre Steinlen, «l'OEil de la rue»
Né à Lausanne, Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923) - naturalisé français en 1901 - fut dessinateur, graveur, caricaturiste, illustrateur, affichiste, peintre et sculpteur. Autodidacte, son trait s'inscrit toutefois dans la lignée de ceux de Delacroix, Daumier, Manet ou Degas. Après une formation au dessin d'ornement industriel à Mulhouse, Steinlen s'installe à Paris à Montmartre en 1881. Il rencontre Adolphe Willette auquel le liera une amitié indéfectible. Celui-ci le présente à Rodolphe Salis qui vient d'ouvrir un cabaret, le Chat Noir, premier du nom; Steinlen y fera la connaissance de Toulouse-
Lautrec, Aristide Bruant...
En octobre 1883, Steinlen donne ses premiers dessins pour Le Chat Noir, «feuille» satirique fondée par Salis et dirigée par Émile Goudeau. Cette première expérience avec la presse marque le début d'une longue collaboration qui sera très importante jusqu'au tournant de 1900. Après la loi sur la liberté de la presse de 1881, les périodiques illustrés connaissent en effet en France leur âge d'or. Artiste sans fortune, Steinlen se tournera vers eux pour subvenir aux besoins de sa famille. Les nombreux dessins qu'il donnera désormais pour Le Mirliton, L'Écho de Paris, La Caricature, Le Figaro illustré, La Plume, Le Rire, Le Chambard socialiste, La Feuille de Zo d'Axa, Cocorico, L'Assiette au beurre ou encore le journal munichois de son ami Albert Langen, Simplissimus, lui assureront la notoriété et constitueront longtemps son principal gagne-pain.
Parmi les titres de cette presse illustrée, le Gil Blas illustré tint une place particulière. Supplément artistique et littéraire hebdomadaire du Gil Blas, il est créé en 1891 et sera dirigé par René Maizeroy. Ses huit pages, illustrées de dessins reproduits en noir ou en couleurs, souvent à pleine page, concourront à faire décoller les ventes du journal. Vendu cinq centimes le numéro, ou prime pour les abonnés, le tirage du supplément passera de 160 000 exemplaires en 1891 à 260 000 exemplaires en 1893. Y sont publiés des feuilletons, de la poésie, des critiques de spectacles et des chansons, dont celles de Bruant. Son contrat avec le journal stipule qu'il devra fournir dix dessins par mois. Et, de fait, en presque dix ans, de 1891 à 1900, Steinlen donnera quelque 700 dessins au Gil Blas illustré (parus dans 503 numéros), dont de nombreuses, en couleurs pour la première page ou accompagnant la chanson, à la dernière.
Les dessins de Steinlen privilégient les scènes de rues qu'il traite principalement au crayon, au fusain, aux crayons de couleurs ou à l'aquarelle. Nombre de ces scènes ont pour sujet les conditions de vie et de travail des classes populaires et ouvrières, vers lesquelles vont ses sympathies. En 1888, il obtient un grand succès avec ses illustrations pour le premier volume du recueil de chansons de Bruant, Dans la rue. En 1895, il donne celles du deuxième volume. La figure humaine (l'ouvrier en blouse, le bourgeois, les filles de rues, les artistes, les enfants...) tient une place importante dans son oeuvre, mais l'animal n'en est pas absent, loin s'en faut, et le chat, son animal fétiche, moins qu'aucun autre, auquel il consacrera un livre.
Après 1900, voulant se libérer des contraintes de temps liées à cette collaboration trop régulière, Steinlen cesse progressivement de travailler pour la presse et se consacre plus volontiers à l'affiche et aux livres illustrés. Pour ne citer que quelques-uns des livres pour lesquels il donne les illustrations: Chansons de Femmes de Delmet (Enoch-Ollendorf, 1896; v. n°15 de la vente), Barabbas de Descaves (Rey, 1914; v. n°16 de la vente), L'Histoire du chien de Brisquet de Nodier (Pelletan, 1900; v. n° 56 de la vente, ex. BERALDI), L'Affaire Crainquebille d'Anatole France (Pelletan, 1901; v. n° 21 de la vente, ex. SUZANNET, avec tous les dessins), Le Vagabond de Maupassant (Société des Amis des livres, 1902; v. n° 46 de la vente), Les Soliloques du pauvre de Jehan Rictus (Rey, 1903; v. n° 66 de la vente), La Chanson des gueux de Jean Richepin (Pelletan, 1910; v. n° 65 de la vente)... Il lui arrivera en outre, régulièrement, de créer des cuirs incisés pour orner les reliures des exemplaires de luxe de ces éditions (v. nos 16, 17, 21, 22 et 64 de la vente).
Avec Lautrec, Willette, Léandre, Chéret, Forain ou Ibels, Steinlen «a contribué de manière sensible à la construction graphique d'une romance sociale parisienne». En plein âge d'or de l'affiche et des grands périodiques illustrés, son oeuvre fit de lui l'une des figures centrales de la culture visuelle européenne.
Kaenel (Ph.), Théophile-Alexandre Steinlen. L'oeil de la rue, Lausanne, Musée cantonal des Beaux-Arts - Milan, 5 Continents
Éditions, 2008, pp. 89-103, 207-215, 216-218 et passim; Fourny-Dargère (S.), Théophile-Alexandre Steinlen et ses amis..., Musée de Vernon, 2016, passim; Ray (G. N.), The Art of the French Illustrated Books, 1700 to 1914, New York, Dover, 1986, pp. 440-446
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