BAUDELAIRE (Charles).

Lot 29
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BAUDELAIRE (Charles).

Les Fleurs du mal. Paris, Poulet-Malassis et de Broise, 1857. In-12 (192 x 124 mm), (4)-248-(4) pp., titre imprimé à l'encre rouge et noire, bradel de demi-maroquin rouge, couvertures (V. Champs). Édition originale. Exemplaire complet des 6 pièces condamnées qui furent expurgées de nombreux exemplaires : « Les Bijoux », « Le Léthé », « À celle qui est trop gaie », « Lesbos », « Femmes damnées » (« À la pâle clarté [...] »), « Les Métamorphoses du vampire ». Les feuillets de texte comportent bien toutes les caractéristiques du premier tirage : « Feurs » au lieu de « Fleurs » dans le titre courant aux pages 31 et 108, la page 45 chiffrée « 44 », « capiteux » orthographié « captieux » à la page 201. La couverture figure ici en 4e état avec annonce des Fleurs du mal. Belenvoiautographe signé à l'encre « à Philarète Chasles, témoignage d'amitié et de dévouement, Ch. Baudelaire ». Philarète Chasles (1798-1873), fils du conventionnel, fut l'un des grands critiques littéraires de son temps, et un excellent historien de la littérature : il s'attacha essentiellement à étudier la littérature étrangère, anglaise, américaine, italienne, espagnole, allemande, et contribua à faire connaître des auteurs tels que Gozzi, Jean-Paul, Melville ou Richter. Candidat malheureux à l'Académie, il obtint en 1837 une place de bibliothécaire à la Mazarine et en 1841 une chaire au Collège de France. Charles Baudelaire fut séduit par la curiosité intellectuelle de Philarète Chasles, et, partageant son goût pour la littérature étrangère, se lia à lui et lui envoya plusieurs fois ses traductions d'Edgar Poe. Corrections manuscrite à l'encre, dans le poème « Don Juan aux Enfers » (p. 43, « s » grattée au mot « errants » et ajoutées aux mots « le rivage »), dans le poème « Le chat » (p. 110, « au » de « sort au parfum » corrigé en « un »). Exemplaire enrichid'une exceptionnelle correspondance de 5 lettres autographes signées adressée par Auguste Poulet-Malassis à Charles Asselineau, concernant Les Fleurs du mal. - S.l., [8 juillet 1857] : « Je reçois ce matin une lettre de M. Lasnier [imprimeur-libraire de la rue de Buci à Paris où sont mis en vente les recueils des Fleurs du mal depuis le 21 juin 1857] très alarmé relativement aux Fleurs du mal. Il ne doute pas de la saisie... C'est pourquoi je vous prierais de faire transporter chez vous ce qui reste des Fleurs du mal moins 3 douzaines qu'on laisserait toujours à la librairie... » - S.l., 8 juillet 1857] : « ... Je reçois ce matin un billet du père Lasnier qui nous prévient que la nature des livres publiés par nous lui interdit de mettre désormais son personnel à notre disposition pour la vente. Coup de théâtre !... Il est très probable que la vente aura été refusée avant cette décision à plusieurs libraires et c'est ce qui m'explique l'absence de dépôts dont Baudelaire se plaint... Que les Fleurs du mal restent où elles sont à attendre leur sort et mon arrivée à Paris... » - S.l., 13 juillet 1857 : « Baudelaire m'a écrit une lettre à cheval que j'ai reçue hier et dans laquelle il m'annonce la saisie. - J'attends à le voir pour le croire, mais à tout événement nous avons pris nos précautions. Les ex. sont en sûreté et profitant de votre bonne volonté nous mettrons aujourd'hui au chemin de fer... une caisse contenant 200 ex. en feuilles que je vous prie de garder jusqu'à mon prochain voyage... » - S.l., [vers la fin d'août 1857] : « Mon beau-frère [Eugène de Broise] est arrivé ce matin. Il paraît que nous avons été ridiculement défendus. Il m'importe peu. Je ne plains là-dedans que Baudelaire au moment où on a assimilé ses «Femmes damnées» à des photographies lubriques ; c'est ignoble et impardonnable à un procureur impérial... Quant à moi je mettrais plutôt toute l'édition en terre que de consentir à la mutilation du livre, il se vendra comme il est et comme il pourra, mais jamais avec des cartons. - Figurez-vous que cet animal de Baudelaire dans son exaspération quotidienne, ne m'a pas envoyé son factum [sa brochure Articles justificatifs destinée aux magistrats]... Je n'ai lu que ce matin en déjeunant l'article de d'Aurevilly et le vôtre (relu le vôtre) qui est le seul littéraire... » La brochure apologétique de Baudelaire comprenaient à la suite d'une préface personnelle quatre articles de critique littéraire : celui de Barbey d'Aurevilly (paru le 23 juillet 1857), celui d'Édouard Thierry (paru le 14 juillet 1857), et ceux de Frédéric Dulamon et Charles Asselineau restés inédits. - S.l., 10 novembre 1857 : « ... Je vous demande la permission de vous faire l'historique de mes relations avecBaudelaire relativement à l'impression des Fleurs du mal... Je n'ai pas besoin de vous dire que je parle avec d'autant plus de désintéressement que mes sentiments pour Baudelaire n'ont pas varié et que je suis comme avant disposé à lui rendre les services que je pourrai et à être pour lui un ami fidèle et dévoué, comme je me flatte de l'avoir toujours été. L'affaire des Fleurs du mala été de mon côté et de fond en comble une affaire de dévouement absolu. Je savais d'avance que nous avions la moitié des chances d'être poursuivis... On fut sur le point de suspendre l'impression par deux fois, la dernière fois sur les instances du père Lasnier venu à Alençon exprès pour cela, et nous répétant à outrance ques Les Fleurs du mal nous tueraient à nos débuts? Je tins bon et l'impression continua, tiraillé que j'étais du côté de ma famille et du côté de mon auteur qui ne se faisait pas faute de me donner de la tablature. Devais-je... m'attendre à ce qu'après tous les ennuis... Baudelaire pour des niaiseries de cartons qui n'ont pas le sens commun et qui, si on les faisait comme il les réclame, nous exposeraient à de nouvelles poursuites, irait répandre dans tout Paris la méfiance et le soupçon contre nous... Baudelaire entraîné par son imagination est allé loin et il ferait j'en suis sûr un retour sur soi s'il se rendait compte de la situation... Je suis obligé d'être un prophète de malheur pour un des gens que j'aime le mieux, mais je vous le dis net, je considère la relation d'éditeur avecBaudelaire comme de toute impossibilité, et vous verrez que n'importe à qui il s'adressera, fut-ce l'archange Michel (pas Lévy, l'autre), cela finira par des récriminations et des fureurs ! Pour moi, entre dix mille francs et l'impression d'un livre de Baudelaire, je n'hésiterai pas... » Poulet-Malassis traite également de plusieurs autres sujets, évoque son édition clandestine du sulfureux H.B. de Prosper Mérimée, ou encore l'écrivain et critique Hippolyte Babou. Exemplaire à grandes marges. Une provenance remarquable : bibliothèque Sacha Guitry (catalogue de sa vente, 1976, n° 113).
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