BAUDELAIRE (Charles).

Lot 30
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BAUDELAIRE (Charles).

- Recueil de 8 lettres et pièces dont 4 autographes signées par Baudelaire, montées sur onglets sur ff. de papier fort, le tout relié en un volume in-4, demi-maroquin vert-sombre à coins, dos à nerfs fleuronné (Canape). Cet ensemble exceptionnel, réunipar l'éditeur Poulet-Malassis, s'articule d'une part autour des contrats conclus entre Baudelaire et luipour les trois premières éditions des Fleurs du mal, avecdes courriers préparatoires de Baudelaire, et d'autre part autour du jugement condamnant Les Fleurs du mal. Les Fleurs du mal furent mises en vente le 25 juin 1857, et firent rapidement l'objet d'attaques et d'éloges dans la presse. La justice s'y intéressa et retint d'abord 13 pièces sulfureuses. Baudelaire demanda des interventions de la part d'amis tels que Gautier, Mérimée ou de madame Sabatier, mais rien n'y fit, la justice étant saisie le 7 juillet 1857, il dut prendre un avocat au même titre que ses éditeurs Aguste Poulet-Malassis et Eugène de Broise. Il communiqua au sien un dossier préparatoire, comprenant entre autres des notes de Sainte-Beuve, et fit distribuer en août à ses juges un mémoire imprimé (Articles justificatifs) contenant une préface personnelle suivi de quatre articles de presse dont deux avaient parus, par Édouard Thierry, Frédéric Dulamon, Barbey d'Aurevilly et Asselineau. Le Procès se tint le 20 août 1857 devant la sixième Chambre de police correctionnelle du Tribunal de la Seine : après le réquisitoire du substitut Ernest Pinard, et les plaidoiries des avocats Lançon et Gustave-Gaspard Chaix d'Est-Ange, le jugement fut rendu le jour même, condamnant Baudelaire et ses éditeurs à de fortes amendes. Les deux cents volumes formant officiellement le reliquat de l'édition des Fleurs du mal furent mutilés des six pièces finalement incriminées, les éditeurs payèrent leurs amendes, tandis que Baudelaire renonça à faire appel mais demanda une remise qu'il obtint. Il manifesta toujours par la suite une totale incompréhension pour cette affaire qu'il jugea relever d'un malentendu. Le recueil comprend : - Une lettre de Baudelaire relative à la préparation de l'édition originale des Fleurs du mal. Lettre autographe signée par Baudelaire en deux points (dont un de ses initiales) à Poulet-Malassis. Paris, 11 décembre 1856. 1 p. in-12, en-tête imprimé du périodique Le Pays biffé à l'encre, adresse au dos. « Cher ami, voici votre reçu. Votre billet est chez Tenré... en qui j'ai reconnu un ancien camarade de collège... Reçu de M. Poulet-Malassis... un billet à ordre, ensemble d'une valeur de 500 fr., prix convenu entre nous pour le tirage à 11000 exemplaires, chacun de deux livres, l'un de prose intitulé Cabinet esthétique ; l'autre de vers, intitulé Les Fleurs du mal, que M. Poulet-Malassis m'achète, dont traité détaillé à intervenir en janvier... » Baudelaire fut en relations commerciales de 1856 à 1865 avec son ancien camarade le banquier parisien Louis Tenré (1819-1895), et lui dédicaça un exemplaire de l'édition originale des Fleurs du mal. Ce qui correspond à peu près aux Curiosités esthétiques serait d'abord intitulé par Baudelaire Cabinet esthétique puis Bric à brac esthétique. - Le contrat pour l'édition originale des Fleurs du mal. Pièce autographe signée en trois points par Baudelaire (dont deux de ses initiales), contresignée en deux points par Poulet-Malassis (dont un de ses initiales). Paris, 30 décembre 1856. 1 p. in-4. « M. Charles Baudelaire vend à M.M. Poulet Malassis et Eugène de Broize deux ouvrages, l'un : Les Fleurs du mal, l'autre : Bric à brac esthétique. M. Ch. Baudelaire livrera Les Fleurs du mal le vingt janvier prochain et le Bric à brac esthétique à la fin de février. Chaque tirage sera de mille exemplaires. Pour prix de cette vente, M. Ch. Baudelaire touchera par chaque volume tiré, vendu ou non vendu, vingt cinq centimes, soit un huitième du prix marqué sur le catalogue... M. Ch. Baudelaire s'interdit la reproduction, sous quelque forme que ce soit, de tout ou partie de la matière contenue dans ces deux volumes. M. Ch. Baudelaire ne pourra offrir ces ouvrages ou l'un de ces ouvrages à un autre libraire qu'au cas où M.M. Poulet-Malassis et Eugène de Broize, n'ayant plus en magazin qu'un très petit nombre d'exemplaires, se refuseraient à [Baudelaire avait d'abord écrit puis rayé « négligeraient de »] les réimprimer... » - Le jugement condamnant les fleurs du mal, adressé à Poulet-Malassis. Pièce originale signée par un huissier du tribunal de première instance du département de la Seine, adressée à Poulet-Malassis. Paris, 16 octobre 1857. 4 pp. in-4 imprimées avec importants ajouts manuscrits. « ... Attendu que l'erreur du poète, dans le but qu'il voulait atteindre et dans la route qu'il a suivie, quelque effort de style qu'il ait pu faire, quel que soit le blâme qui précède ou qui suit ses peintures, ne saurait détruire l'effet funeste des tableaux qu'il présente au lecteur et qui, dans les pièces incriminées, conduisent nécessairement à l'excitation des sens par un réalisme grossier et offensant pour la pudeur ; attendu que Baudelaire, Poulet-Malassis et Debroise ont commis le délit d'outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs, savoir : Baudelaire en publiant ; Poulet-Malassis et Debroise en publiant, vendant et mettant en vente à Paris et à Alençon, l'ouvrage intitulé Les Fleurs du mal, lequel contient des passages ou expressions obscènes et immorales, que les dits passages sont contenus dans les pièces portant les n° 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil. La pièce n° 20 commençant par ces mots : La très chère était nue. La pièce n° 30 commençant par ces mots : Viens sur mon coeur. La pièce n° 39 intitulée : Celle qui est trop gaie. La pièce n° 80 intitulée : Lesbos. La pièce n° 81, commençant par ces mots : À la pâle clarté. La pièce n° 87, intitulée : Métamorphoses du vampire... condamne Baudelaire à trois cents fr. d'amende, Poulet-Malassis et Debroise chacun à 100 francs d'amende, ordonne la suppression des pièces portant les n° 20, 30, 39, 80, 81 et 87 du recueil intitulé Les Fleurs du mal... » - Les quittances d'amendes et frais de Poulet-Malassis et de Broise. Deux pièces signées par un receveur du bureau des amendes du Palais de justice, adressées l'une à Poulet-Malassis, l'autre à son associé de Broise. Paris, 13 avril 1858. Chacune 1 p. in-4 imprimée avec ajouts manuscrits. - Le contrat pour la deuxième édition des Fleurs du mal. Pièce autographe signée par Baudelaire. S.l., 1er janvier 1860. 1 p. 1/2 in-4. « ... M. Charles Baudelaire vend à Poulet-Malassis et de Broise un tirage de quinze cents exemplaires des quatre volumes suivants : Fleurs du mal (2e édition augmentée de vingt pièces nouvelles), Opium et haschisch, Opinions littéraires, Curiosités esthétiques, et ce pour la somme de trois cents francs par volumes... » Les Opinions littéraires, réunissant des articles de critique littéraire, seraient en fait intégrées dans L'Art romantique (troisième volume des OEuvres complètes, 1868). - Une lettre de Baudelaire sur les pièces inédites qu'ilsouhaite intégrer dans la deuxième édition des Fleurs du mal.. Lettre autographe signée de ses initiales par Baudelaire à Poulet-Malassis. Paris, 30 août 1860. 2 pp. in-8 carré, adresse au dos. « Moi, j'ai toutes les inédites, excepté : la Préface, Danse macabre, Sonnets d'automne, Chant d'automne (dans La Contemporaine, donc faciles à trouver), Duellum (dans L'Artiste), et D'Après Mortimer et Paysage parisien (dans Le Présent, donc très difficiles à trouver, si ce n'est à Honfleur)... » - La convention par laquelle Baudelaire cède ses droits sur l'ensemble de son oeuvre à Poulet-Malassis. Pièce autographe signée par Poulet-Malassis, contresignée par Baudelaire. S.l., 1er juillet 1862. 1 p. 1/2 in-4. « ... M. Charles Baudelaire, homme de lettres... cède et abandonne à M. Auguste Poulet-Malassis, éditeur... le droit exclusif, à partir de ce jour, de reproduction sous toutes les formes de ses travaux littéraires parus et à paraître. Les ouvrages parus sont : Les Paradis artificiels, Opium et haschich, et Les Fleurs du mal, poésies, précédemment édités par MM. Poulet-Malassis et de Broise. Histoires extraordinaires, Nouvelles histoires exstraordinaires et Aventures d'Arthur Gordon Pym. Ces trois ouvrages traduits d'Edgar Poe par M. Baudelaire et pour lesquels il substitue M. Poulet-Malassis dans les droits résultant d'un traité avec M. Lévy et Cie, son éditeur pour ces trois livres... Les ouvrages à paraître se composent de tous les travaux littéraires, publiés et à publier par M. Baudelaire, soit en volume, soit dans quelque journal ou recueil littéraire que ce soit et quelle que soit leur nature : critique, roman, nouvelles, histoire, philosophie, etc., etc... Cette cession est faite à M. Poulet-Malassis par M. Baudelaire moyennant la somme de cinq mille francs... » Cette convention est une novation de celle passée en mai 1861, rendue nécessaire par la séparation professionnelle de Poulet-Malassis et de son beau-frère de Broise. Provenance : collections Jules Le Petit puis Armand Godoy. Le journaliste Jules Le Petit (1845-1915), ardent bibliophile, est l'auteur de la célèbre Bibliographie des principales éditions originales d'écrivains français (1888). Le poète et traducteur d'origine cubaine Armand Godoy (1880-1964) fut également un grand bibliophile et collectionneur d'autographes, notamment de Baudelaire qui fut l'un de ses modèles. Jules Le Petit publia une reproduction du contrat initial des Fleurs du mal présent dans ce recueil dans La Plume (n° 101, 1er juillet 1893), Armand Godoy en donna une nouvelle dans Le Manuscrit autographe (n° 3, mai-juin 1926), et il en parut encore une dans le catalogue de l'exposition A. Poulet-Malassis (Alençon, 1957).
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