BAUDELAIRE (Charles).

Lot 38
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BAUDELAIRE (Charles).

Épreuve corrigée de son poème « Les petites vieilles ». [Probablement 1862]. 28 vers imprimés sur une p. in-8 avec, ajouts, ratures et corrections autographes, quelques inscriptions d'autres mains, papier légèrement froissé. L'un des grands poèmes des Fleurs du mal. Rare épreuve corrigée des sept premières strophes, destinée à l'anthologie Les Poètes français. « Les petites vieilles », originellement parues dans la Revue contemporaine le 15 septembre 1859, furent ensuite intégrées dans la deuxième édition des Fleurs du mal en 1861. Baudelaire les fit également figurer en 1862 dans l'anthologie des Poètes français éditée par Eugène Crépet (rééditée en 1863), dans le quatrième volume consacré aux contemporains. « Dans les plis sinueux des vieilles capitales, Où tout, même l'horreur, tourne aux enchantements, Je guette, obéissant à mes humeurs fatales, Des êtres singuliers, décrépits et charmants. Ces monstres disloqués furent jadis des femmes, Éponine ou Laïs ! Monstres brisés, bossus Ou tordus, aimons-les ! ce sont encor des âmes. [Baudelaire a ici corrigé « aimes » en « aimons », et la virgule finale du vers en un point] Sous des jupons troués et sous de froids tissus, [Baudelaire a corrigé le point final en virgule] Ils rampent, flagellés par les bises iniques, Frémissant au fracas roulant des omnibus, Et serrant sur leur flanc, ainsi que des reliques, [Baudelaire a barré les « s » à « leurs flancs »] Un petit sac brodé de fleurs ou de rébus ; [Baudelaire a ici supprimé puis restitué le point virgule en ajoutant un signe de renvoi au bas de page où il a inscrit puis biffé la note suivante : « Le ridicule, ou réticule, a été souvent orné de rébus, d'une nature galante, comme le prouvent les vieilles gravures de Modes »]... » Baudelaire a encore inscrit deux autres corrections, dont un « M » majuscule pour « la Mort savante » dans la sixième strophe. « Les petites vieilles » formaient à l'origine un couple de « Fantômes parisiens » avec le poème « Les Sept vieillards ». Baudelaire les dédia à Victor Hugo, qui lui répondit très élogieusement : « [...] Que faites-vous quand vous écrivez ces vers saisissants : Les Sept vieillards et Les Petites vieilles [...] ? Que faites-vous ? Vous marchez. Vous allez en avant. Vous dotez le ciel de l'art d'on ne sait quel rayon macabre. Vous créez un frisson nouveau ». C'est en effet en préparant la deuxième édition des Fleurs du mal (1861) et, surtout en ajoutant les Tableaux parisiens que Baudelaire prit conscience des limites que lui imposait la poésie versifiée. Le poème « Les Petites vieilles » évoque la réalité quotidienne de la capitale sur un ton qui diffère sensiblement du « Crépuscule du soir » et du « Crépuscule du matin » ; le modernisme de certains vers conduit droit aux poèmes en prose du Spleen de Paris. Marcel Proust, dans son Contre Sainte-Beuve, donna une analyse pénétrante de ce poème : « Il est certain que dans un poème sublime comme Les Petites vieilles, il n'y a pas une de leurs souffrances qui lui échappe. [...] Mais la beauté descriptive et caractéristique du tableau ne le fait reculer devant aucun détail cruel [...]. Il a donné de ces visions qui, au fond, lui avaient fait mal, j'en suis sûr, un tableau si puissant, mais d'où toute expression de sensibilité est absente, que des esprits purement ironiques et amoureux de couleur, des coeurs vraiment durs peuvent s'en délecter. [...] peut-être cette subordination de la sensibilité à la vérité de l'expression, est-elle au fond une marque du génie, de la force, de l'art supérieur à la pitié individuelle. Mais il y a plus étrange que cela dans le cas de Baudelaire. Dans les plus sublimes expressions qu'il a données de certains sentiments, il semble qu'il ait fait une peinture extérieure de leur forme, sans sympathiser avec eux. [...] Il semble qu'il éternise par la force extraordinaire, inouïe du verbe (cent fois plus fort, malgré tout ce qu'on dit, que celui d'Hugo), un sentiment qu'il s'efforce de ne pas ressentir au moment où il le nomme, où il le peint plutôt qu'il ne l'exprime ». Baudelaire, OEuvres complètes, La Pléiade, 1990, pp. 89-90 (et notes pp. 1014-1018). Pièce reproduite dans l'Album Baudelaire de La Pléiade, p. 198.
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