PROUST (Marcel)

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PROUST (Marcel)

Lettre autographe signée «ton Marcel» en deux endroits. S.l., [date de réception du 29 janvier 1909].

4 pp. in-8, liseré de deuil; date de réception au composteur, apostille autographe du destinataire datant la réponse, «le 9 fév[rier] 09»..

«Comment, ayant eu le bonheur de vivre dans la société d'une femme pareille...
n'ai-je pas été moi-même meilleur que je ne suis....»

Récit drôle et cruel d'un dîner donné chez ses parents à Robert de Montesquiou: Proust illustre ainsi la sincérité comme trait de caractère dominant chez sa mère, disparue quelque trois ans auparavant.

«Mon cher Louis, merci de tout coeur de ta charmante lettre, j'aurais fort à te dire si je n'étais brisé de fatigue et n'ai voulu que te remercier. J'ai tout juste la force de te répéter: "donnemoi dès que tu pourras les mesures du bureau", et de t'assurer de ma profonde affection... Hélas, j'ignore d'où venait le s[ain]t Louis, c'est maman qui l'avait trouvé, si je ne confonds pas. Du reste, cela n'avait aucune espèce de valeur, ce n'était qu'habilement truqué et amusant pour q[uel]q[u]'un qui aime cette époque. Si je peux sortir, je tâcherai de trouver sculpture ou vieux portrait en st Louis plus intéressant. Tu sais que c'est mon grand saint parce puisqu'il est le patron de mon cher ami. L'abat-jour dont tu me parles était aussi bien peu de chose. Mais je l'aimais parce que c'est maman qui s'en était occupé. Et puis il me rappelle par contraste un trait de sa franchise qui était admirable.
Nous avions à la maison un abat-jour représentant le roi de Rome. Un jour - déjà fort ancien - j'invite à dîner Robert de Montesquiou qui n'était encore jamais venu et il dit à maman qu'il est bien touché de voir qu'elle a mis pour lui un abat-jour avec le portrait du roi de Rome, allusion délicate à ce que sa grand'mère était gouvernante du roi de Rome [en fait son arrière-grand-mère]. Et maman lui répond: "Mais, Monsieur, ce n'est pas du tout pour vous que j'ai cet abat-jour que j'avais bien avant que Marcel m'ait parlé de vous, et de plus j'ignorais entièrement que votre g[ran]d-mère aurait été sa gouvernante". Ce qui faisait que pendant bien longtemps, Montesquiou me disait: "Votre père est charmant mais comme votre mère est peu aimable !"
Et c'est vrai qu'elle était trop vraie pour être ce qu'on appelle aimable. Mais quand elle aimait quelqu'un, par la même sincérité, elle était mieux qu'aimable.
Comment, ayant eu le bonheur de vivre dans la société d'une femme pareille qui était ce qu'on peut rêver de meilleur, de plus intelligent, de plus dévoué, n'ai-je pas été moi-même meilleur que je ne suis. Que j'ai peu profité d'elle. Elle avait une grande sympathie pour toi, mon cher Louis...»
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