PROUST (Marcel)

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PROUST (Marcel)

Lettre autographe signée «Marcel Proust». S.l., [date de réception du 19 septembre 1912].

4 pp. in-8; date de réception au composteur, apostille autographe du destinataire, «répondu le 21 sep[embre] 1912, que désirerons tous que vien[ne], que lisais toujours 1er art[icle] Figaro»; 2 trous de classeur en marge avec perte de quelques lettres.

La littérature: «ce que je considère comme le prix, le charme, le sens de la vie...»

«... Je ne t'avais pas écrit dans l'intention de "m'inviter" [au château de Bizy, propriété de Louis Suchet d'Albuféra, près de Vernon, dans l'Eure] mais de venir dans ton voisinage pour te faire des visites. Les Clermont-Tonnerre ont été tellement gentils, me promettant chez eux tant de silence, d'isolement et de liberté que j'ai été sur le point et hésite encore à accepter [la famille de Clermont-Tonnerre possédait le château de Glisolles dans l'Eure].
Mais malgré une gentillesse extrême, j'aimerais mieux trouver près de chez eux (comme j'aurais voulu le faire à côté de Vernon) un logis silencieux pour q[uel]q[ues] jours. Si je vais soit chez eux, soit à côté de chez eux, j'irai passer une heure chez toi en automobile.

Question Figaro, ne le lis pas pour trouver un article de moi, car je n'en ai pas envoyé de nouveau, après celui du 3 septembre [intitulé «L'Église de village»] et n'en enverrai peut-être plus, car c'est un journal dont les lecteurs (ou plutôt les abonnés) sont trop sur ton modèle et ne l'ouvrent même pas, ou lisent seulement les nouvelles mondaines. Mais je trouve que toi tu devrais au contraire lire le 1er article, non parce qu'il est parfois de moi car c'est très rare et ne sera peut-être plus. Mais tu sais ce que je pense de toi en bien comme en mal (je parle ici au p[oin]t de vue intellectuel seulement) et je déplore que tu vives volontairement étranger à ce que je considère comme le prix, le charme, le sens de la vie.
Or si tu n'as pas le courage de te mettre à lire de gros livres, le 1er article étant généralement fait par des gens de plus ou moins de talent comme Bonnard, Mr de Régnier, Foemina [Abel Bonnard, Henri de Régnier, et Augustine Bulteau qui signait «Foemina» ses chroniques du Figaro], etc. Cela te ferait tout de même un petit (bien petit !) régime intellectuel assez bon.
Tu as du toupet, cher Louis, de dire que mon amitié n'est pas constante (tu peux demander à tous ce que je dis de toi, je ne crois pas que personne t'aime et te comprenne mieux que moi). Je ne t'ai pas toujours dit à quoi elle a eu à résister de ta part et tu vois qu'elle est toujours restée aussi vive...»
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